Construire des ponts entre générations

14.09.2022
Depuis cinq ans, notre programme de Bénévolat intergénérationnel permet à des personnes âgées isolées de bénéficier de la visite de jeunes bénévoles. Rencontre avec le duo Charles et Marie-Lise.

La complicité se lit sur leurs visages. Charles et Marie-Lise se sont rencontrés il y a à peine deux mois, mais semblent se connaître depuis des années. Chaque mercredi durant deux heures environ, Charles Vilain, jeune architecte de 37 ans, rend visite à Marie-Lise Richard, 80 ans, dans le cadre du programme de Bénévolat intergénérationnel de Caritas Genève (BIG). Un projet mis sur pied il y a cinq ans dans le but de lutter contre l’isolement des personnes âgées et de renforcer les liens entre générations.

Entre ces deux-là, le courant est passé immédiatement. «On parle vraiment de tout, comme si on se connaissait depuis toujours», souligne Marie-Lise. Dans son appartement du quartier de Saint-Jean, ou sur la terrasse du restaurant Paradis dès l’arrivée des beaux jours, le binôme échange sur ses expériences de vie, parle politique, discute de l’émission télé de la veille ou évoque les vacances à venir. «Tu m’as même donné des conseils professionnels», ajoute Charles, affectueusement.

La lutte d'une vie
Marie-Lise est malentendante de naissance et s’est battue toute sa vie pour mener une vie normale malgré son handicap. «Les gens ne se rendent pas compte à quel point la surdité est un facteur d’isolement. On ne peut pas écouter la radio, aller au théâtre, peu d’émissions télé sont adaptées, etc.», explique l’octogénaire. Contre vents et marées, elle a néanmoins réussi à faire une belle carrière d’infirmière, que personne ne pensait possible.

Cet engagement professionnel a toutefois eu un prix. «C’est très fatigant de faire un métier d’écoute en étant malentendante. Le soir après le travail, j’étais épuisée et j’avais peu de vie sociale», raconte-t-elle. Elle prend surtout conscience de son isolement social une fois à la retraite. Aujourd’hui, sans famille à Genève et alors que la plupart de ses amis sont décédés, Marie-Lise ne voit pas grand monde en dehors des bénévoles de Caritas et de la Croix-Rouge.

Elle a commencé à bénéficier de tels services il y a cinq ans environ, après une intervention chirurgicale et la pose d’un implant cochléaire (prothèse auditive interne). «J’ai dû réapprendre à reconnaître les sons, pour améliorer mon ouïe, et pour cela je devais avoir des conversations avec des gens. Mais vous êtes drôles, je n’ai plus de famille moi!» répond-elle alors aux médecins, qui lui conseillent de faire appel à des bénévoles.

Plus qu'un simple engagement
De son côté, Charles s’est lancé dans l’aventure récemment et un peu par hasard. L’élément déclencheur a été le début de la guerre en Ukraine, au printemps dernier. En se renseignant sur les possibilités de bénévolat en faveur des réfugié∙e∙s, il tombe par hasard sur une annonce de Caritas Genève pour le bénévolat intergénérationnel. «Cela m’a interpellé. Comme c’était dans mon quartier et que je travaille à temps partiel, cet engagement m’a semblé intéressant et réaliste.»

Il se renseigne auprès de l’institution et une fois les premières appréhensions passées, le jeune homme franchit le pas. «Dès la première rencontre, je me suis dit que j’avais beaucoup de chance! Marie-Lise est très ouverte d’esprit et la connexion s’est faite naturellement. Pour moi, ce rendez-vous hebdomadaire n’est pas très différent que d’aller boire un verre avec mes amis!»

Un plaisir réciproque, à entendre Marie-Lise: «Il y a un vrai partage entre nous. C’est très enrichissant d’avoir ce lien avec notre belle jeunesse. Et puis ça me fait du bien de voir du monde!»

Pour Charles, originaire du Nord de la France et expatrié à Genève depuis une douzaine d’années, cette amitié naissante fait aussi écho à son histoire familiale. «Je n’ai plus beaucoup l’occasion de voir ma grand-mère et j’ai ainsi l’impression de combler un manque.» Si nos deux partenaires du jour s’entendent à merveille, il n’est pas toujours aisé de créer des tandems aussi étincelants. «On essaie de sentir au mieux les affinités possibles, mais parfois la flamme ne prend pas», explique Diana Amoos, coordinatrice du Bénévolat intergénérationnel chez Caritas. Les quartiers de résidence ou la disponibilité des bénévoles peuvent aussi rendre l’exercice complexe.

La nécessité de nouveaux bénévoles
En général, 10 à 20 binômes sont actifs simultanément, avec un important roulement. «Les bénévoles sont jeunes et la plupart du temps sont soit aux études soit en emploi. Ils profitent souvent d’un moment spécifique de leur parcours pour s’engager, mais cet engament est limité dans la durée, au minimum 6 mois, rarement plus d’un an», explique Vera Lauf, répondante du Pôle accompagnement chez Caritas Genève.

L’activité nécessite donc un recrutement permanent de nouveaux bénévoles. Récemment, Caritas Genève a d’ailleurs choisi de relever l’âge maximum des bénévoles BIG de 30 à 40 ans, afin d’ouvrir le programme à davantage de candidat∙e∙s. «Mais l’idée de renforcer les liens intergénérationnels reste au centre de la démarche. Pour les jeunes, c’est aussi une expérience très enrichissante d’aller au contact de l’autre», conclut Vera Lauf.

Depuis ses débuts il y a cinq ans, quelques 80 bénévoles et 60 personnes âgées ont participé au programme BIG de Caritas Genève.

INFOS PRATIQUES

Le programme de Bénévolat intergénérationnel de Caritas Genève (BIG) s’adresse aux personnes âgées de 65 ans et plus et aux jeunes entre 18 et 40 ans. Afin de lutter contre l’isolement social, il permet d’offrir la visite hebdomadaire d’un∙e bénévole, favorisant les échanges et les liens intergénérationnels.

Besoin de soutien?
Vous avez 65 ou plus; vous vous sentez seul∙e ou souhaitez enrichir votre réseau social; vous cherchez la visite d’une personne à l’écoute bienveillante ou un accompagnement pour vos activités.

Envie de vous engager?
Vous avez entre 18 et 40 ans; vous êtes à la recherche d’une activité bénévole à Genève; vous souhaitez acquérir de nouvelles compétences et vivre une expérience humaine enrichissante. Un engagement de 2h hebdomadaire durant 6 mois (minimum) est requis.

Contactez-nous!
079 387 32 06

Plus d’infos : http://caritas-ge.ch/big